Antonio Rosmini

Expérience et Témoignage


Centre français de  spiritualité rosminienne

Études comparatives

L'on trouvera ici quelques lignes tirées de textes célèbres qui s'inscrivent dans l'approche rosminienne, ou bien qui, sans la contredire, apportent une vision différente, mais complémentaire.

Beaucoup de chercheurs de Dieu ont exprimé les troubles et les doutes, mais aussi les joies, qu'ils ont éprouvés au long de ce cheminement. Ils nous ont livré leurs témoignages, qui demeurent des oasis de l'âme pour tous ceux qui les méditent. Ces pages sont destinées à mieux nous faire comprendre en quoi consiste l'itinéraire spirituel.

Il en est d'autres qui n'ont pas trouvé leur place au sein de l'Église catholique,  préférant demeurer sur son seuil, mais dont l'esprit a goûté à la divine captation, sans qu'il soit possible d'en  apprécier la  mesure, mesure qu'il appartient à Dieu seul d'en juger.

Enfin, il y a ceux qui, sans être chrétiens, ont eux aussi tourné leur esprit vers Dieu. Car cette quête est  universelle parce que liée à la condition de chaque être en ce monde, selon l'immense diversité de la nature humaine. Nous oserons donc nous ouvrir à ces mystiques d'ailleurs dont les pages ne peuvent nous laisser indifférents.

Ces courts extraits sont destinés à faire connaître les ouvrages auxquelles ils font référence.

Marie-Madeleine Davy : l'itinéraire du dedans


Ne connaissent la dimension de profondeur située dans le cœur que ceux à qui elle se révèle dans son immensité et sa splendeur. Quand elle séduit, l'homme quitte tout pour entreprendre l'itinéraire du dedans. …

Le poids des habitudes, l'observance rigoureuse de la lettre aux dépens de l'esprit, du moins pour l'occidental, engendrent d'insurmontables obstacles. L'important n'est pas de quitter matériellement ce qu'on appelle communément le monde, car le monde est en soi-même et la réforme de l'ego est plus rigoureuse que le retrait dans une région solitaire, un ashram ou dans un monastère. On peut seulement penser - et le fait est important - que dans une maison vouée à la concentration et à la prière, tout est mis en œuvre pour faciliter le silence du dedans.

…La seule libération véritable s'accomplit donc au dedans, indépendamment des conditions extérieures. C'est pourquoi dans la vie des Pères du Désert, quand un moine demande où il en est de sa démarche intérieure et à qui il ressemble, la réponse est toujours saisissante. Il peut se comparer à tel homme qui, "dans le monde", accomplit simplement son métier, sa profession, sa vie d'homme marié ou célibataire. En tout les cas cet homme choisi comme exemple est humble, il possède le sens d'autrui ; son amour n'est jamais monopolisé au profit d'un seul être, il le diffuse sans nécessairement le savoir. Aussi, peu importe le cadre de vie d'un homme et son environnement. L'essentiel est d'être suspendu à cette dimension intérieure souvent accablante au départ mais qui deviendra le tremplin d'une extension plus vaste. Car plus un homme se situe au dedans, plus il est incarné. Loin de le séparer des autres, la dimension intérieure découverte unit à tous les hommes dans un sens universel.

C'est grâce à cette dimension de profondeur que l'homme devient capable de discerner la Présence divine en lui, de comprendre non pas intellectuellement mais avec tout son être que le Royaume des cieux est au dedans (Luc, 17, 21).

Marie-Madeleine Davy, L'homme intérieur et ses métamorphoses, coll. Epi, Desclée de Brouwer, 1987, p. 31-32.

Jean Daniélou : la réalisation par l'homme de son être  véritable


Dans son ouvrage Dieu et nous, l'auteur opère une distinction, qui, d'ailleurs,  ne manquera pas d'être abondamment reprise sur la manière dont Dieu se fait connaître, en des modes les plus variés selon le contexte. C'est ainsi que l'on peut parler du « Dieu des philosophes, du « Dieu de la foi », du « Dieu de Jésus Christ », du « Dieu de l'Église », et enfin, du « Dieu des mystiques », dont il est question ici :

« Le Dieu caché de la Révélation ne se fait pas connaître seulement à travers les témoignages qu'il se rend dans son œuvre. Il se révèle aussi directement à l'âme…. Cette connaissance mystique de Dieu ne relève pas, comme la connaissance théologique, de la démarche de l'intelligence discursive éclairée par la foi et cherchant à comprendre les vérités de la Révélation. Elle en diffère d'abord dans son objet, qui est la Trinité en tant que présente à l'âme. Cette demeure de Dieu se situe dans la séquence des mirabilia Dei, dans le dessein de l'histoire du salut, dans les grandes œuvres de la Trinité. Elle constitue la réalisation même de ce dessein de Dieu, la source de l'adoption filiale. La connaissance mystique est un des aspects de cette vie trinitaire. Elle est la réalisation par l'homme de son être le plus profond, de ce que Dieu a voulu accomplir en le créant : « La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant ; et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu », disait saint Irénée. Il ne s'agit donc aucunement d'une réalité exceptionnelle, mais au contraire de la réalisation par l'homme de son être véritable. »

Jean Daniélou, Dieu et nous, Livre de Vie, Grasset, 1956.

Joseph de Finance : Dieu se laisse atteindre


Le verbe incarné et notre connaissance du Dieu vivant

Aucun catholique ne mettra en doute que, même après le péché originel, l'homme ne conserve le pouvoir de parvenir, par les lumières de la raison, à la connaissance du vrai Dieu. Par là s'ouvre la possibilité d'une certaine attitude religieuse. La considération des créatures, par exemple, élève naturellement l'âme à l'admiration, au respect et à l'amour de leur Créateur, dont elles reflètent la beauté et la puissance. Le livre de la Sagesse nous offre un exemple inspiré de cette ascension (Sg 13, 1-9). Et Platon avait déjà depuis longtemps décrit la méthode qui mène l'âme, des beautés sensibles et périssables, à la Beauté en soi, ouvrant une veine que tout une tradition spirituelle n'a plus cessé d'exploiter. (p.199).


La réponse de l'Incarnation

… L'Incarnation apparaît comme la grande théophanie, la réponse donnée par Dieu lui-même à ce besoin de la conscience religieuse qui avait cherché dans l'idole une satisfaction illusoire. Ici, en effet, la réalité sensible n'est plus seulement l'expression, l'organe ou la demeure de la divinité. Cet homme-ci - le Christ - est Dieu.

Ce corps semblable au nôtre subsiste d'une subsistance divine. En lui, c'est Dieu en Personne qui se fait présent à nous, qui devient vraiment pour nous Quelqu'un que nous pouvons reconnaître pour tel, non seulement par la pointe de notre intelligence mais de toute notre âme et par toute notre vie. Quelqu'un que nous pouvons aimer avec tout notre cœur d'homme, à qui nous pouvons parler et nous confier, le Dieu du dialogue, si honni de Brunschvicg et de quelques autres, mais sans lequel la religion n'est que métaphysique ou une morale. Dieu est présent dans le Christ, non seulement comme soutenant le monde dans l'être et opérant en lui, mais comme étant lui-même devenu de ce monde, prenant place dans l'univers, figurant dans son histoire, s'introduisant ainsi dans la mondanité même du monde, se laissant envelopper par elle pour la sauver et la glorifier du dedans. (p. 205)


Dieu se laisse atteindre

Car le Christ n'est pas seulement une présence de Dieu : il est une présence expressive. Son humanité est l'image pour nous la plus parfaite de la divinité qui l'habite et en qui elle subsiste. Certes, tout homme porte radicalement en soi l'image de Dieu, et cette image, chez les justes et les saints, acquiert une ressemblance et brille d'un éclat magnifique. Mais c'est chez le Christ qu'elle atteint sa perfection. A travers ses paroles, ses gestes, ses réactions, ses attitudes, à travers ce que nous devinons par là des sentiments et des dispositions de son cœur, se révèle à nous quelque chose de la sainteté, de la pureté, de la charité divines. En particulier, l'amour humain du Christ pour nous est la plus fidèle expression de cet amour qui est Dieu lui-même. (p. 206)


Joseph de Finance, En balbutiant l'indicible, Ed. Pontificia Università Gregoriana, Roma, 1992

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François Mauriac : des lignes que Rosmini n'aurait pas désavouées


Corps de l'homme, temple de l'Esprit qui ressuscitera au dernier jour. Cathédrale de chair où repose la Chair du Seigneur ; et dès que la présence sacramentelle s'évanouit, le cœur charnel, cire vivante, en garde l'empreinte ; il existe un état physique de la grâce. (p. 101)

Ce tabernacle abandonné à tous les carrefours du monde. L'inimaginable délaissement de Dieu. (p. 118)

La netteté du regard intérieur, qu'elle est nécessaire au ressuscité qui commence à peine de rompre ses bandelettes et d'élever ses bras engourdis. (p. 130)

Nous avons tord de considérer les mystiques ainsi que des chrétiens d'exception ; ils sont les seuls chrétiens véritables. Aimer, c'est aspirer à la possession. Ils s'épuisent à la poursuite de Dieu, comme les charnels à la poursuite de ce qu'ils aiment. Il s'agit d'étreindre Dieu, de le posséder. Et c'est pourquoi rien ne ressemble plus au langage de la passion que les saintes effusions de mystiques dont les tièdes se scandalisent.

Immense bonheur de ces amants de dieu. Ils s'anéantissent dans ce qu'ils aiment. … Le mystique, lui, peut se perdre dans son Dieu, -fleuve dans l'Océan.

Mais ce Dieu s'est incarné ; et l'on peut affirmer sans blasphème que dans l'amour mystique tout existe, purifié, divinisé, tout, et même cet attachement à la « fragile et trompeuse beauté des corps ». Le Dieu des chrétiens s'est incarné, il s'est fait chair, il a habité parmi nous. (p. 28-29)

L'amour de Dieu, et plus précisément de Dieu fait homme, de ce Dieu incarné qui se mange et qui se boit, est une réalité, - demeurerait une réalité même si le surnaturel n'existait pas. (p. 40)

François Mauriac, Souffrances et bonheur du Chrétien, Grasset, Paris, 1931

François Mauriac et la foi

par Françoise Lalanne-Trigeaud

Écrivain catholique revendiquant en son temps cette dénomination, comme Péguy, Bernanos ou Claudel, et fondant sa culture littéraire sur la lecture des grands maîtres de la tradition classique, Pascal, et Racine en particulier, et sur les poètes du 19ème s, Mauriac n'a jamais cessé de mettre son œuvre et sa parole au service de la foi.                SUITE