Antonio Rosmini

Expérience et Témoignage


Centre français de spiritualité rosminienne


Études rosminiennes


Extraits, traductions,commentaires


 L'offrande de son propre sang

chez Catherine de Sienne et Antonio Rosmini 

par Pier Paolo Ottonello


Les affinités de la spiritualité de Catherine de Sienne et de Rosmini sont tout aussi considérables que surprenantes, voire même au-delà de la sainteté catholique qui est la leur. Mais il est vrai que la foule innombrable des saints, en leur incommensurable variété, laisse entrevoir, en une réfraction indéfinie, la lumière amoureuse du Bien absolu.

Enracinés dans les fondations de cette Pierre disposée par le Christ, tous deux se sont fait « pierres scellées avec le Sang », corps vivant de son Église, cette « cave du Sang, que nous appelons "Sainte Église ", pour la distinguer des aberrations de tant de ses composantes, et pour l'aimer héroïquement dans son Maître et Époux : l'une en ne cessant puissamment d'exhorter plusieurs Papes à entreprendre la « réforme », jusqu'à mettre un terme à  l'"exil" avignonnais, et l'autre, ayant été objet d'estime des papes qui régnèrent pendant sa vie, et qui non seulement l'exhortèrent à écrire, mais, en conséquence proportionnelle, en prirent ombrage. Ne commettons pas l'erreur de penser que l'époque de l'une fût plus ou moins dramatique que celle de l'autre - du reste, à bien considérer, existe-t-il jamais une période historique qui puisse apparaître moins gravement dramatique qu'une autre? -, si nous pensons par exemple à la prison que subit Pie VII, et à l'exil temporaire auquel fut contraint Pie IX, et dans lequel il avait désiré la compagnie de Rosmini. La clef particulièrement commune à eux deux est le Sang du Christ, auquel ensemble se sont unis Pierre et Paul, sur la « chaire de la Croix », comme « crucifiés avec le Christ », et en en portant à l'intérieur de soi les stigmates : Catherine, quant à elle, recevant la grâce exceptionnelle des stigmates qu'elle avait demandés cinq ans avant sa mort, plaies douloureuses, mais non sanglantes ; et Rosmini, comme on le montrera à la fin, acceptant dans la sainteté, après le martyr de persécutions toujours croissantes, celui de son propre sang.                                                                           SUITE

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© Centre français de spiritualité rosminienne

Antonio Rosmini


Acte d'offrande de son propre sang

en union avec le sang très précieux de Jésus


Prosterné en votre présence, ô mon Seigneur très aimé, je vous adore profondément, et me consacre entièrement à votre gloire. Disposez de moi comme il Vous plaît,  parce que je ne désire rien d'autre que d'accomplir votre sainte volonté. Confiant en votre infinie Bonté et en la Grâce de votre si cher Fils Jésus Christ, je m'offre prêt à recevoir de vos mains toute sorte de souffrance, et à sacrifier, pour votre amour et pour le salut des âmes, mon sang et ma vie.

Acceptez, ô Seigneur, cette offrande, en union à celle que fit votre divin Fils et notre Rédempteur, lorsqu'il offrit son propre sang et sacrifia sur la croix sa très sainte vie. Comparée à celle de  votre Fils bien-aimé, est bien indigne l'offrande de votre serviteur qui ne désire rien de plus que de se consumer pour votre amour. Vous voyez, ô mon Dieu, quelles sont mes faiblesses : faites-moi alors la grâce de me confirmer dans mon infirmité.

Ah, bienheureux que je suis, s'il m'est donné de pouvoir répandre mon sang et de sacrifier ma vie pour confesser même une seule des doctrines, et pratiquer une seule des vérités enseignées par votre divin Fils. Vous avez entre vos mains le cœur des hommes, enflammez-moi toujours plus de l'amour d'un tel sacrifice, et faites que je devienne réellement une victime parfaite de vérité.

A vous, je me recommande, Marie, ô Reine des Martyrs et très douce mère, et je vous prie de m'obtenir la grâce de participer à la Passion et à la Mort de votre divin Fils.

Ainsi soit-il.


Commentaires

Offrande de sang, eucharistie, transsubstantiation

A la mémoire de la mort d'Antonio Rosmini, le 1er juillet 1855


Le mois de juin est, dans l'année liturgique catholique, assez profondément marqué par des fêtes votives chargées de forces symboliques. Parmi ces fêtes, celle de la célébration du Christ Rédempteur, qui a aussi une autre indication parfois omise, celle du Précieux Sang. Plusieurs raisons expliquent cette omission, la plus évidente est peut-être la plus simple, car il faut bien reconnaître que l'évocation du sang suffit en elle-même à rebuter, à fortiori dans nos sociétés ayant perdu, et il faut s'en réjouir, l'expérience de la vue facile de cet élément terrifiant. Si bien que l'anthropologie s'en est emparée, déplaçant ses terrains d'observation chez des sociétés dites primitives. Reste que l'on peut s'interroger sur le fait de savoir si revenir à des conceptions originaires suffit à permettre de retrouver le sens des choses, que la modernité a enfoui sous l'épaisse couche des connaissances scientifiques, avec, pour conséquence, une modification du rapport de l'homme à sa constitution naturelle élémentaire.  De quel rapport s'agit-il? Il n'a pas fallu énormément réfléchir pour comprendre que le sang est lié à la vie, et que le perdre entraîne assurément la mort. Une maladie peut avoir des causes et des effets mystérieux. Pas l'hémorragie dont la conséquence radicale est manifeste. Le lien étroit entre sang et survie a donc été immédiat. A ce lien si évidemment précieux fut forcément attribué des pouvoirs, et des pouvoirs les plus élevés en raison du prix du sang, auquel s'est très vite attachée quantité de vertus. Aussi, le sacrifice sanglant fut-il le moyen ultime et suprême retenu par l'homme pour accomplir la chose la plus difficile : établir de la façon la plus efficace un contact avec les puissances invisibles à des fins divinatoires, expiatoires, apotropaïques ou propitiatoires.  Avec, de façon quasi générale, les mêmes ingrédients depuis la nuit des temps : un sacrificateur, un autel, une victime. La victime fut tout à la fois homme ou animal.

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