Prier lentement, lentement!


Un témoin, le R. P. Lockhart,  raconte comment Antonio Rosmini priait avec ses frères, et restitue l'atmosphère qui se dégageait de ces instants privilégiés :

"J'assistai plusieurs fois à ces pieuses réunions, et il m'en est resté une impression profonde. C'était un spectacle touchant de voir, à la douce clarté d'une lampe, les disciples, au nombre d'une demi-douzaine, priant autour du maître, dont la physionomie inspirait le respect et le recueillement… À cette époque, je ne savais pas assez l'italien pour en saisir autre chose que le sens général, mais ce fut assez de la scène que j'avais sous les yeux pour imprimer dans mon esprit la conviction profonde de l'importance de la méditation quotidienne". Parfois, les prières se faisaient le long d'un chemin, lorsque le temps le permettait. Il priait en marchant, et "les mouvements de son corps suivaient l'inflexion de sa voix, de sorte qu'on eût dit, comme l'on observé quelques personnes, qu'il s'unissait à un chant sacré et à une marche mystique des Saints dans le ciel.", dit encore de ces moments intenses un Rosminien des premiers temps, Don Paoli. "Lorsque nous récitions le Bréviaire, nous allions toujours trop vite pour lui. Il le savait presque entièrement par cœur". Mais chaque mot était longuement médité : "Adagio, adagio", implorait-il souvent de crainte que la moindre signification ne puisse apporter à l'âme la plus petite pièce sans laquelle tout l'édifice spirituel risquait de perdre son équilibre si fragile. Il ne s'encombrait pas de paroles inutiles, et savait choisir les méditations les plus accessibles à ses frères. "Je sais, ô mon Dieu, que vous sondez les cœurs, et que vous aimez la simplicité : c'est pourquoi je vous ai offert toutes ces choses dans la simplicité de mon cœur", aimait-il à dire, reprenant David.

Il est une constante dans les prières qu'il composait lui-même : il s'agit de la justice, au regard de laquelle le principe même de son œuvre trouvait son sens. « Que nous puissions vivre en toute chose selon la justice ! », ce qui impliquait d'accomplir la volonté de Dieu sur la terre, d'amener chaque être à l'accomplissement de toutes ces potentialités. Et précisément, parmi toutes ces potentialités, Rosmini n'en exclut aucune, comme en témoigne la prière suivante, dans laquelle on relève que toutes les énergies de l'existence ont leur importance ; le corps notamment n'est qu'une prison si on lui accorde une place indue ; mais, dominé par l'intelligence et accompli dans son ordre, il retrouve son harmonieuse finalité, qui est de demeurer le Temple du Seigneur :

Ô Seigneur Jésus-Christ,

vrai Dieu et vrai homme,

éclairez, nous vous en  conjurons,

et sanctifiez notre intelligence ;

sanctifiez et fortifiez notre volonté ;

sanctifiez notre mémoire ;

sanctifiez notre imagination;

sanctifiez notre corps avec tous ses sens,

notre cœur avec toutes ses affections,

afin que tout notre être tende à Vous,

notre premier principe et notre dernière fin,

notre seul bien véritable

qui ne finira jamais,

et qu'il demeure éternellement en Vous,

ô Dieu qui vivez et régnez avec le Père et le Saint Esprit

dans tous les siècles. Amen!

Vie d'Antonio Rosmini, Lockhart, trad. M. Segond.

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Prier avec Antonio Rosmini

Invocations


Père, comme ton divin Fils prierait en moi, je veux te prier.

Père, donne-moi toute chose.

Père, donne moi le bien ; je suis créé pour le bien, donne-moi alors le bien.

Mon Dieu, donne-moi la force, la force du bien.

Père, par ton divin Fils crucifié pour moi, pitié, miséricorde.

Père, Toi qui voit le fond de mon âme, rend moi bon.

Vous m'avez créé, ne me refusez pas  ce que je vous demande ;

et je vous demande tout.

O mon Dieu, toi qui sait tout… je me remets entre tes mains.


Idem, p. 222. Trad. MCBT

Deux précieux documents de la spiritualité d'Antonio Rosmini :

les Affetti spirituali, manuscrit autographe conservé dans la maison natale de Rosmini à Rovereto ;

les Invocazioni, « Invocations » datées de 1832 à 1853, rédigées au crayon et retrouvées dans un carnet de notes de Rosmini.

Antonio Rosmini, Operete spirituali, vol. I, n° 48, Città Nuova Ed;, Roma, 1985, a cura diA. Valle, p. 239.



De l'affection spirituelle


Comme il est doux de converser avec Dieu,

De parler de Dieu, et de plaire à Dieu seul,

De se souvenir de Dieu,

De vouloir comprendre Dieu,

De connaître Dieu,

De s'éprendre de Dieu,

S'arrêter, repartir, puis s'en retourner avec Dieu,

De chercher et de trouver en Dieu, Dieu,

De s'offrir tout entier à Dieu,

D'abandonner, pour Dieu, même les saveurs de Dieu,

De penser, parler, œuvrer pour Dieu,

Et d'espérer en Dieu seul , de se délecter en Lui seul,

De maintenir son esprit dans la proximité de Dieu,

Et tout faire avec Dieu, en Dieu,

De se consacrer et se dédier à Dieu,

Souffrir pour Dieu,

D'éprouver la plénitude de la joie en Dieu seul,

Ne vouloir que Dieu et demeurer en Lui,

Goûter les joies et souffrir les peines en Dieu

Le voir, Le toucher, Le goûter

Vivre, mourir et demeurer en Dieu

Et ainsi capté et transporté en Dieu

Avec Dieu et en Dieu offrir Dieu à Dieu,

Avec la gloire éternelle et l'honneur de Dieu

O Dieu, quelle joie et quelle douceur en Dieu

ô Dieu, ô Dieu, ô Dieu, ô Dieu, ô Dieu!


Trad. MCBT

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