Antonio Rosmini

Expérience et Témoignage


Centre français de spiritualité rosminienne

Histoire de l'Amour

Tiré des Livres Saints

Trad. anonyme, éd. Périsse, Paris 1838

Extraits


Livre I - Chapitre premier - Origine de l'Amour


1 - L'Amour naquit de Dieu. L'Eden fut sa patrie ; et il eut pour sœur l'Innocence.

Son origine céleste remonte au berceau du genre humain, à la création même de nos premiers parents : c'est de là que datent tous les motifs qui doivent porter les hommes à s'aimer les uns des autres. Voici les principaux.


2 - Premier motif : l'unité d'origine.

Dieu tira la femme de la chair et des os d'Adam : il voulut qu'Adam fût l'unique principe de tout le genre humain, que tous sortissent de lui ; pour nous apprendre que cette grande famille des hommes ne forme qu'un corps, sous un seul chef, qui lui-même vient de Dieu. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre que nous sommes une race divine ; et, à l'appui de cette proposition, il cite un vers d'un poète grec, Aratus (Act, 17) : preuve que la tradition de cette vérité s'était conservée même parmi les gentils.

C'est pourquoi, si les hommes doivent s'aimer, par la raison qu'ils n'ont qu'une même origine, ce motif doit les porter à aimer Dieu avant tout, comme la source très pure d'où jaillit la véritable amitié.


3 - Deuxième motif : la ressemblance de nature

Le divin auteur de la nature humaine et de l'Amour, dit, en formant Ève, qu'elle serait une aide à Adam, une aide semblable à lui « qu'il n'était pas bon qu'il fut seul »(Gen. 2).

Ces paroles sont le plus bel éloge, la plus magnifique recommandation de la société humaine dans le sein de laquelle nous naissons tous, et qui, avec une sollicitude maternelle, nous dirige à travers les différents âges de la vie, veille à tous nos besoins, perfectionne toutes nos facultés, et nous élève en quelque sorte à une nature plus excellente. Malheur à l'homme qui s'isole de ses semblables, et refuse les bienfaits de la société ; qui présume de son propre jugement, et se nourrit des affections de son cœur! …


4 - Troisième motif : le bonheur de l'homme

Les hommes devaient tirer un avantage inestimable du commerce mutuel de l'amitité…

On peut conclure… que c'est dans la société conjugale, établie de  Dieu dès le commencement, au séjour de l'innocence et de la félicité, que prirent naissance toutes les espèces d'amour légitimes. De là naquit l'amour de nature, dans la famille ; l'amour de choix, dans l'amitié, l'amour d'intérêt, dans le commerce humain…

En sorte que dès lors se vérifiaient ces paroles sublimes empruntées à al loi de grâce : « L'amour est de Dieu ; et tout homme qui aime est né de Dieu, et il connaît Dieu. Celui qui n'aime point, ne connaît point Dieu : car Dieu est amour » (I Jn, 4).

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Cet amour qui unit les choses, est esprit. Et « cet homme (David) à qui fut donné la parole du Christ de Dieu, ce chantre célèbre d'Israël »,  fut inspiré par cet Esprit. « L'Esprit du Seigneur » dit-il dans les derniers moments de sa vie, enseignant ainsi l'art de comprendre ses paroles, « L'esprit du Seigneur s'est fait entendre par moi, et sa parole a été sur mes lèvres » (II Rois, 23).

Livre II, chap. XXI, §XI

Vérité et charité

… Dans la connaissance de la vérité s'accomplit la charité, parce que celle-ci étant un bien, elle ne peut être pleinement connue si on ne l'aime pas et n'en jouit pas, et, inversement, dans la charité s'accomplit nécessairement la connaissance de la vérité, parce que le fait de posséder cet objet aimable revient au fait de le connaître. Ce qui n'implique aucun cercle vicieux, mais, bien plutôt, la nécessité que vérité et charité cohabitent l'une avec l'autre, se communiquent et se complètent réciproquement.

    Ces deux mots auxquels se réduit l'école du Christ, Vérité et  Charité, contiennent non seulement la sagesse de l'homme dans la vie présente, mais aussi la béatitude de son avenir : en sorte que le disciple d'une telle école reçoit d'elle la possession d'une sagesse qui, après l'avoir apaisé dans le tourment des souffrances présentes, et l'avoir pourvu d'une dignité supérieure au milieu des combats qui font rage autour de lui, qu'il s'agisse des perpétuelles et fatales discordes de la nature, ou des incessants et volontaires conflits de l'humanité, se révèle avec la mort temporelle et se mue en une éternelle béatitude.

   C'est pourquoi, comme le précepte du Maître divin : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » (Mt, XXII, 37), n'est pas uniquement un élément de justice, mais un avis de prudence donné à l'homme, afin qu'il sache où il peut découvrir cette vie éternelle, qui est son vœu ultime et son besoin suprême, puisque c'est dans la parfaite charité que se découvre la complète vérité ; ainsi, de même, la vie heureuse elle-même nous est montré par ce même Maître divin qui nous l'indique presque avec le doigt, dans la parfaite connaissance de la vérité, qui ne peut être parfaite si l'homme en ignore cette part que seule la charité lui révèle, en lui parlant avec ces mots : « Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé JÉSUS Christ » (Jn, XVII, 3).

Rosmini, Introduction à la philosophie, éd. Bière, 1992, trad. J.-M. Trigeaud, p. 234.

Antonio Rosmini

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Nous proposons ici quelques textes, provenant d'anciennes traductions, de plus récentes et des nôtres propres au fur et à mesure de leur avancement. Le premier  sera, de façon très symbolique, tiré de l'Introduction à la philosophie .

Religion catholique et liberté de la pensée

La religion chrétienne professe donc avant tout qu'elle n'est nullement en contradiction avec la raison ; elle professe même que lorsqu'une religion quelconque peut être convaincue de contradiction avec les principes de la raison ou avec leurs légitimes conséquences, elle est fausse, elle n'est pas une religion mais une superstition : elle fournit elle-même un critère permettant de distinguer les religions fausses de la vraie. … La nécessité d'un accord de la raison et de la foi ressort de la foi elle-même, ce qui est un point essentiel de la religion et de l'Église catholique fixé lors de l'ultime concile de Latran. Ainsi, ceux qui croient à la foi chrétienne, croient nécessairement en même temps à la raison … Ceci est la doctrine du Christianisme, et personne ne pourra plus dire, avec quelque apparence de vérité, que les catholiques ne peuvent pas être des philosophes libres et que la religion catholique gêne ou entrave le libre et plein épanouissement de l'intelligence humaine. Ne sont justement pas des philosophes libres ceux qui, par ignorance de la doctrine chrétienne, servent l'erreur, et qui jalonnent notre liberté, et qui, en déplaçant les mots qui s'appliquent aux choses, veulent faire passer pour une aliénation cette foi qui libère la pensée.

Rosmini, Introduction à la philosophie, op. cit., p. 107.

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Textes choisis

Maximes de la perfection

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L'âme

Si l'on note parmi les changements qui se produisent dans l'âme comme effet de ses actions et de ses passions, ceux qui la dégradent et ceux qui la perfectionnent, l'esprit est amené par cette étude à voir par quels degrés l'âme s'abaisse ou s'élève au sommet de la perfection pour laquelle elle est faite ; et ainsi la méditation philosophique, suivant l'âme dans sa démarche vers les deux extrémités opposées du bien et du mal, nous conduit à en concevoir l'idéal, c'est-à-dire à la contempler parvenue à son entière perfection, ou, tout au moins, à résoudre la question de savoir si la perfection de l'âme humaine peut avoir un terme.

(note de Rosmini : j'appelle idéal le plus haut degré de perfection que puisse atteindre un individu par l'exercice de son activité.)

Rosmini, Psychologie, Introduction, § 48, p. 28, trad. E. Segond, Perrin, Paris, 1888.