Antonio Rosmini

Expérience et Témoignage


Centre français de spiritualité rosminienne

ANTONIO ROSMINI

1797 - 1855

"Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ;

si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père"

Jean 8, 19

Et voici que Yahvé passa. Il y eut un ouragan…

mais Yahvé n'était pas dans l'ouragan,

et après l'ouragan, un tremblement de terre,

mais Yahvé n'était pas dans le tremblement de terre ;

et après le tremblement de terre un feu,

mais Yahvé n'était pas dans le feu ; et après le feu,

le bruit d'une brise légère.

I Rois 19, 11- 12

Adorare, tacere, godere,


Ces mots, que l'on pourrait traduire par « Adorer, se taire et goûter à la plénitude de la joie », et qu'Antonio Rosmini adressait dans un dernier souffle à Manzoni, sont ceux de toute une vie et entendent éclairer les pages qui suivent. Elles sont dédiées au fondateur de l'Institut de la Charité, avec l'intention de faire connaître le spirituel italien, considéré plus souvent comme un grand penseur, en raison de l'ampleur et du rayonnement de son œuvre philosophique.


Ce site n'a cependant pas l'ambition de promouvoir un courant de spiritualité et encore moins une méthode de piété, même si, en raison de la nature des œuvres et de la vie de l'auteur, nous nous attachons exclusivement à la ligne spécifique de la spiritualité catholique. Et si la spiritualité catholique consiste en la quête d'une dynamique de l'esprit relié à Dieu, il ne s'agira  pas ici d'opter pour telle ou telle pratique, cela est laissé à la liberté de chacun, selon son être propre, son désir, son expérience ou son contexte existentiel. Car est-il vraiment une formule pour approcher Dieu?


Mais voici peut-être l'aventure humaine la plus difficile, nous nous trouvons démunis devant cet Absolu, invisible et muet en apparence. De multiples questions nous viennent alors à l'esprit : qui est Dieu exactement, comment se fait-Il connaître, est-il vraiment possible d'accéder à cette connaissance, de quels moyens disposons-nous pour y parvenir, quelle est la nature de notre relation à Dieu? Et que comprendre de la Révélation dont le Christ est à la fois le témoin privilégié et l'acteur principal?


Autre problème, et non le moindre, nous nous trouvons ici dans le domaine de notre propre intériorité : ce qui s'y passe est tout aussi invisible, non seulement à autrui, mais encore, c'est le plus difficile et parfois le plus douloureux, à nous-même. Cet itinéraire intérieur est sans limite, et cette sensation nous est étrangère : la découvrir est une épreuve. Pour la comprendre, il importe de nous comprendre en profondeur : en sommes-nous capable, et suffit-il d'en avoir le désir?


Enfin, quels sont les effets de cette démarche sur notre vie? Le lien du visible à l'invisible nous confine-t-il à l'exil de notre condition terrestre en nous enfermant en nous-même, ou, au contraire, nous ouvre-t-il à l'existence ?

Ils les a fait pour qu'ils cherchent Dieu

et qu'ils essayent d'entrer en contact avec lui et de le trouver, lui qui, en vérité, n'est pas loin de chacun de nous.

Paul, AC 17, 27

Le bienheureux Antonio Rosmini explique  que « le jour de la Pentecôte des Chrétiens, Dieu promulgue… sa loi de Charité,

en l'inscrivant, par la médiation de l'Esprit Saint,

non sur des tables de pierre, mais dans le cœur des Apôtres, qui, à leur tour, la communiquent à toute l'Église

(Catéchisme disposé selon l'ordre des idées, n° 731, trad. fr.).

Benoît XVI, Regina Cæli, Vatican, 12 juin 2010


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Bonum est praestolari cum silentio salutare Dei

Comme il est bon d'attendre dans le silence

le salut qui vient de Dieu

Antonio Rosmini

En bref, quels sont les effets de cette expérience : provoque-elle en nous un changement, et quelles en sont la nature et la mesure? Et qu'advient-il de  notre liberté, de notre rapport à nous-même et au monde? Autant d'interrogations que l'on pourrait multiplier à l'infini, tant le sujet manifeste de gravité et de subtilité.


Il est donc tentant de s'interroger sur l'expérience et le témoignage de ces « témoins de l'absolu », dont parle Gabriel Marcel, et qui s'offrent comme « médiateurs  entre l'homme et la divinité » selon l'expression de Joseph de Finance.


Proposons ainsi au lecteur des extraits de l'œuvre d'Antonio Rosmini. Prêtre et philosophe du XIXème siècle, restant donc marqué par l'esprit de son temps, mais ouvert à la modernité, Antonio Rosmini, béatifié depuis peu, s'est engagé lui aussi sur les voies escarpées de l'aventure spirituelle. Comme l'on fait avant lui Paul de Tarse, les Pères du désert, Jean de la Croix, Thérèse d'Avila, ou, plus récemment, le curé d'Ars, et tant d'autres, il nous apporte un témoignage éprouvé par une existence totalement mue par le mouvement de l'esprit, l'amour des autres et le désir inassouvi du côtoiement de Dieu.


Voici ces pages, au fil de nos traductions. Nous les accompagnerons d'une courte biographie et de parties plus thématiques servant de trame à un corpus de textes dont l'unité atteste l'authenticité du Bienheureux Antonio Rosmini. Quelques études  permettront de dégager les traits principaux de la spiritualité rosminienne. Et, pour ne pas risquer d'enfermer ce témoignage dans un dogmatisme étroit, ce qui serait tout le contraire de l'aventure spirituelle car le pire danger de la vie de l'esprit, nous ferons place à des approches comparatives, destinées à mettre en lumière la richesse de l'expérience rosminienne.


Il convient cependant d'insister sur l'originalité propre de ce témoignage qui place, avec la pratique de la Charité,  la recherche de la Vérité et de la Justice au centre de la démarche spirituelle : Rosmini, faisant fi de toute attitude misologique, est avant tout un philosophe, toute son œuvre est placée sous l'exigence de l'esprit scientifique.  Il ne faut donc pas chercher ici de prodiges ni de signes étonnants. « Ma vocation est ordinaire », aimait à rappeler Antonio Rosmini, prêtre.

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© Centre français de spiritualité rosminienne


Études comparatives


François Mauriac et la foi

par Françoise Lalanne-Trigeaud


Écrivain catholique revendiquant en son temps cette dénomination, comme Péguy, Bernanos ou Claudel,

et fondant sa culture littéraire sur la lecture des grands maîtres de la tradition classique, Pascal, et Racine

en particulier, et sur les poètes du 19ème s, Mauriac n'a jamais cessé de mettre son œuvre et sa parole

au service de la foi.                                           SUITE


Mise en ligne le 5 novembre 2013